| L’Esprit de l’athéisme |
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| Écrit par Goebbels | |
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André-Comte Sponville est un philosophe contemporain qui ne cesse de marquer la scène intellectuelle française par ses écritures ayant pour but de mettre « la philosophie à la portée de tous ». A travers des ouvrages comme L’amour la solitude, Dieu existe-t-il encore ? Le Gai désespoir. Le Capitalisme est-il moral ? etc. il nous dévoile des pistes de lecture pour un bon nombre de sujets d’actualité, et réactive les problématiques existentielles tout en insistant sur la valeur de la vie et le savoir vivre. Je vous ai choisi cet extrait de son livre L’Esprit de l’athéisme dans lequel Sponville propose une lecture de la religion et de son mécanisme. J’espère que ça vous encouragera à découvrir l’œuvre entière. Bonne lecture !
UNE EXPLICATION INCOMPREHENSIBLE Mon troisième argument reste négatif, sans se confondre avec les deux premiers. Il touche moins aux preuves qu’au explication, moins à l’expérience qu’à la rationalité, moins à l’existence qu’au concept. Croire en dieu, d’un point de vue théorique, cela revient toujours à vouloir expliquer quelque chose que l’on comprend pas – le monde, la vie, la conscience - par quelque chose que l’on comprend encore moins : Dieu. Comment se satisfaire, intellectuellement, d’une telle démarche ? Ne nous méprenons pas sur cet argument. Il ne s’agit pas d’attendre de la connaissance scientifique, quelque spectaculaire qu’aient été ses victoires, surtout depuis trois siècles, qu’elle prouve quoi que ce soit contre l’existence de dieu. Si tout progrès scientifique semble faire reculer d’autant la religion, au moins ponctuellement (ce qu’on explique par les lois de la nature, plus besoin de l’expliquer par dieu), c’est sans pouvoir globalement la réfuter ni, encore moins, en tenir lieu (car qu’est ce qui explique les lois de la nature ?). Plus personne, aujourd’hui, n’expliquerait les marées ou les éclipses par la volonté divine. Mais plus personne, aujourd’hui pas plus qu’hier, n’est ne état d’expliquer la nature elle-même. Par quoi le scientisme, qui serait une religion de la science, est aussi douteux que toutes les autres. Il aussi moins poétique et, plus sot. Il passe à côté de la question qu’il prétend résoudre. Mon argument est différent. Il ne s’agit pas de remplacer la religion par la science ; il s’agit de constater que des explications (d’ordre surnaturel, non scientifique) que les religion prétend apporter – par exemple à l’existence du monde, de la vie ou de la conscience – ont en commun… de n’expliquer rien, sinon pas de l’inexplicable ! C’est bien commode, et bien vain. Il est clair que sur le monde, sur la conscience, sur la vie, je ne comprends pas tout. Il y a de l’inconnu ; c’est ce qui permet à la connaissance de progresser. Il y en a toujours ; c’est ce qui nous voue au mystère. Mai pourquoi ce mystère serait t–il dieu ? D’autant qu’il est aussi clair que, sur dieu, je ne comprends rien – puisqu’ il est par définition incompréhensible ! C’est ce qui fait de volonté, comme disait Spinoza, « l’asile de l’ignorance ». On s’y réfugie pour expliquer ce qu’on ne comprend pas. La religion devient la solution universelle, comme un passe-partout théorique – mais qui n’ouvrirait que des portes imaginaires. A quoi bon ? Dieu explique tout, puisqu’il est tout puissant ; mais vainement, puisqu’il expliquerait aussi bien le contraire. Le soleil tourne autour de la terre ? C’est que Dieu l’a voulu. La terre tourne autour du soleil ? C’est que Dieu l’a voulu. Nous voilà bien avancés ! Et que vaut cette explication, dans l’un ou l’autre cas, dès lors que Dieu lui-même reste inexplicable et incompréhensible ? J’aime mieux accepter le mystère pour ce qu’il est : la part d’inconnu ou d’inconnaissable qui enveloppe toute connaissance, toute existence, la part d’inexplicable que suppose ou rencontre toute explication. C’est vrai d’un point de vue ontologique : c’est ce que j’appelais plus haut le mystère de l’être. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Nous ne le savons pas. Nous ne le saurons jamais. Mais c’est vrai aussi d’un point de vue physique ou scientifique. Pourquoi les lois de la nature sont-elles ce qu’elles sont ? Nous ne le savons pas davantage. Il est vraisemblable que nous ne le saurons jamais (puisqu’on nous pourrait les expliquer que par d’autres lois). Nommer ce mystère « Dieu », c’est se rassurer à bon compte, sans le lever. Pourquoi Dieu plutôt que rien ? Pourquoi ces lois plutôt que d’autres ?le silence, devant le silence de l’univers, me paraît plus juste, plus fidèle à l’évidence et au mystère, peut être aussi, j’y reviendrai dans le prochain chapitre, plus authentiquement spirituel. Prier ? Interpréter ?ce n’est que mettre des mots sur le silence. La contemplation vaut mieux. L’action vaut mieux. Le monde m’intéresse davantage que la Bible ou le Coran. Il est plus mystérieux qu’eux, plus vaste (puisqu’il les contient), plus insondable, plus étonnant, plus tonique (puisqu’on peut le transformer, quand ils sont réputés intouchables), plus vrai enfin (puisqu’il l’est intégralement, ce que le Bible et le Coran, pleins de niaiseries et de contradictions, ne sauraient être, si non en tant qu’ils font partie du monde : qu’un texte humain se contredise, ce n’est pas contradictoire). Mystère de l’être : évidence de l’être. Quoi de plus banal, a côté, quoi de plus prévisible, quoi de plus ennuyeux qu’un catéchisme? C’est qu’il nous ressemble… …Bref, on ne peut, s’agissant de Dieu, échapper au dilemme du silence (Dieu inconcevable, ineffable, incompréhensible) ou de l’anthropomorphisme (un Dieu trop humain et trop compréhensible pour être Dieu). C’es évidemment une faiblesse pour la religion : le silence n’en dit pas assez (pourquoi l’indicible serait-il Dieu ?) ; l’anthropomorphisme en dit trop (pourquoi l’absolu serait-il humain ?). André-Comte Sponville
L’esprit de l’Athéisme Le Livre De Poche (Mars 2009) Page (110-118)
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